Kamel Amzal, la lanterne d’un combat
Amzal Kamel jeune militant Kabyle, lâchement assassiné le 2 novembre 1982, à l’âge de vingt-deux ans.
Après les événements du 19 mai 1981, provoqués par une agression d’islamo-bâathistes contre des étudiants et travailleurs berbéristes et démocrates, et qui a vu les islamistes prendre le dessus, l’embrigadement des universités et des cités universitaires par les islamistes et les bâathistes commence avec la bénédiction du pouvoir. Les étudiants berbéristes essayent de réoccuper le terrain.
C’est ainsi qu’un groupe d’étudiants de la cité universitaire de Ben-Aknoun dont faisait partie Kamel Amzal, étudiant à l’institut des langues étrangères de l’Université d’Alger et militant berbériste, et après des réunions restreintes, décide d’afficher dans le foyer de la cité un appel à une assemblée générale. A ce moment interviennent des islamo-bâathistes qui déclenchent un affrontement. Kamal Amzal est tué à coups de sabre par un groupe intégriste en novembre 1982 à la cité universitaire de Ben Aknoun parce qu’il voulait afficher une déclaration du collectif. Pressions et agressions contre les femmes se multiplient. Le voile islamiste, la tenue afghane et le port de la barbe pour les hommes, inconnus de la tradition algérienne, font leur apparition.
Kamel, féru d’art et de lecture, se donnait corps et âme à sa cause, qui est celle de toute cette génération de militants qui brisèrent la chape de plomb imposée par un régime scélérat et têtu. Le Printemps berbère réveillait en lui, cette force de militant qui le mena vers de nouveaux horizons de luttes. Convaincu, Kamel Amzal avait une vision révolutionnaire du combat identitaire dans lequel il s’inscrivait.
Surnommé Madjid, Kamel Amzal, jeune militant des causes justes payera, au péril de sa vie, ses engagements politiques sincères. Lui qui fut parmi les premières cibles de la barbarie islamiste était ce jeune étudiant qui débarqua à Alger pour des études d’interprétariat en espagnol. Selon des témoignages de ses proches amis, Kamel Amzal, issu d’une famille modeste de Tiferdoud, à Ain El Hammam, « était un garçon généreux, humble, ambitieux et surtout engagé ». Prenant conscience de sa réalité culturelle et politique depuis les événements d’avril 80, Kamel, un féru de l’art, de la lecture… se donnait corps et âme à sa cause, qui est celle de toute cette génération de militants qui brisèrent la chape de plomb imposée par un régime scélérat et têtu. Le Printemps berbère réveillait en lui, cette force de militant qui le mena vers de nouveaux horizons de luttes. Convaincu, Kamel Amzal avait une vision révolutionnaire du combat identitaire dont il s’inscrivait.
Kamel, victime de la répression du pouvoir
Les années qui suivirent le Printemps berbère, n’étaient pas de tout repos pour les militants démocratiques et notamment ceux de la mouvance berbèriste. Ainsi, la répression du pouvoir en place de l’époque s’abattait, exclusivement sur cette frange de militants qui dérangeait la quiétude du pouvoir et de ses alliés islamistes. Cette chasse à l’homme déclenchée contre les militants démocratiques ouvrait la voie aux intégrismes de tout bord, générée par un climat de crainte permanente et de terreur islamiste, omniprésente contre les forces progressistes.
Ce choix périlleux du pouvoir préparait déjà le lit douillet à la barbarie islamiste qui n’épargnera pas, quelques années après, même l’Algérien lambda, de la violence du discours, sinon de la lame de l’épée. Pour en finir souvent par le viol des femmes et l’embrochement des bébés. Cette répression « sélective » charriait aussi une nouvelle figuration politique. Après le bras de fer qui opposait les militants progressistes et les adhérents des mouvements de masses satellites du pouvoir, les hordes islamistes commençaient déjà à se structurer à partir d’idées extrémistes religieuses.
Cet épisode qui laissa libre cours au mouvement intégriste de prendre forme en tant qu’ aventure politique, avait aussi encouragé ce mouvement à accaparer des comités de cités universitaires, de campus et autres types d’associations autonomes. On les appelait, à l’époque, les frères musulmans ". Ces monstres qui germèrent par la grâce d’une répression dirigée contre le mouvement berbèriste et moderniste résumait son projet basé sur la violence inouïe que projetait ses militants. Les mouvements autonomes broyés à coups de haches et de sabres, témoigneront de la cruauté d’un mouvement qui endeuille jusqu’à présent, des dizaines de nations dans le monde.
Lassouli Fateh-Ellah, l’assassin de Kamel Amzal
Après avoir fêté ses 20 ans, avec ses amis à la cité universitaire de Ben Aknoun, Kamel Amzal, qui était un élément très actif au sein du comité autonome de la cité, participait aux différentes AG que le comité organisait afin de donner une assise à ce même comité. Ainsi, une réunion s’est tenue, le 1er novembre au réfectoire de la cité appelant, par voie d’affiches, les étudiants à une assemblée générale. Une vingtaine d’étudiants progressistes placardaient les murs de la cité avec cet appel. Alors que les étudiants démocratiques empruntaient cette voie pacifique et de transparence afin de mettre sur pied un comité autonome et représentatif, les frères musulmans de leur côté, réunissaient « les fidèles » dans l’enceinte de la mosquée pour préparer une aventure périlleuse qui coûtera la vie à un jeune militant. En effet, selon des témoignages, le muezzin, étudiant de son état, exhortait « les invités à se préparer » pour l’aventure. Aussitôt les étudiants sortaient pour afficher l’appel, une cohorte de militants vêtus en kamis, jean et baskets leur sautait dessus avec haches, coutelas et autres armes prohibées. Une scène d’horreur s’en est suivie. Stupéfiaient, les étudiants découvrirent, le corps de Kamel gisant dans une marre de sang. La nouvelle de son assassinat faisait le tour des cités et campus. Son assassin était Lassouli Fateh-Ellah, fils d’un commissaire de Police. Il sera condamné, à l’issu d’un simulacre de procès, « sans la présence de l’avocat principal de sa famille », regrette toujours cette dernière, à huit ans de prison.
Le même assassin de Kamel sera gracié quelques années après par le président Chadli Ben Djeddid, pour se retrouver, vers le début des années 90, membre actif au sein du parti dissous, Fis. Tout comme la plupart de ses co-équipiers au sein du FIS, il rejoignit le maquis et il sera abattu par les forces de sécurité en 1995, sur la route menant de Yakouren vers Tizi Ouzou.
26 ans après le lâche assassinat, Lassouli Fateh-Ellah creusait une tombe à un jeune militant, mais, il ne s’est pas aperçu qu’il ouvrait les portes de l’Histoire à un homme de convictions. Lassouli Fateh-Ellah et sa bande de terroristes ont ouvert la voie, en assassinant Kamel, à une aventure qui n’a pas encore connu son épilogue. En l’assassinant, il lui ont offert l’éternité. Les idéaux pour lesquels il s’est sacrifié resteront, à jamais, la quête de liberté et de démocratie dans un pays voué, malheureusement, aux griffes de la barbarie islamiste.
Une pensée pour Kamal Amzal
En ce mois de novembre, nous avons eu une pensée pour Kamal Amzal assassiné par des islamistes à la Cité universitaire de Ben Aknoun à Alger le 2 novembre 1982.
Kamal allait afficher un appel à une assemblée générale au sein de la cité universitaire lorsque des étudiants, militants du mouvement des Frères Musulmans, hostiles à toute expression qui ne leur est pas favorable, sont venus munis d’armes blanches pour l’empêcher d’agir. Ne voulant pas céder à l’intimidation ni à la terreur, déterminé dans son engagement et ses convictions, la barbarie a eu raison de lui : il fut ainsi lâchement assassiné. En effet, les intégristes, après lui avoir arraché sa chemise, l’ont éventré avec un sabre devant ses camarades.
Kamal faisait partie du groupe d’étudiants désireux d’instaurer un fonctionnement démocratique au sein de la Cité universitaire notamment par l’élection d’un Comité de cité autonome et représentatif. Les Frères musulmans, quant à eux, souhaitaient avoir le contrôle de la Cité et ne voulaient laisser aucun espace à l’expression libre.
Il faut se rappeler que la fin des années 1970 et le début des années 1980 est la période où l’affrontement idéologique entre les Frères musulmans et le Mouvement amazigh était très fort. Le régime algérien soutenait et encourageait les Frères musulmans pour faire barrage au mouvement berbère. Et si le problème ne se posait pas à l’Université de Tizi-Ouzou où les Frères musulmans se faisaient petits, à Alger, où il la présence kabyle était significative, les tensions et conflits entre les deux mouvances étaient permanents. Quant à d’autres régions comme l’Oranie ou le Constantinois, les Frères musulmans faisaient la quasi-unanimité : ils faisaient (et font toujours) la loi.
Kamal Amzal a donc payé de sa vie cette volonté des militants du mouvement berbère de faire barrage au fléau islamiste.
Ci-dessous un extrait du roman "la vie est un grand mensonge" de Youcef Zirem :
"[...]
Tel un forcené, Nacer monte rapidement les escaliers du pavillon de l’Institut du pétrole. Arrivé au quatrième étage, en un laps de temps, il est au bout du couloir où se trouve la chambre commune à Jeff et à Farid. Sans frapper à la porte, il y entre avec un terrible fracas. A bout de souffle, il s’écrie : « les frérots, les sales frérots ! » Allongés confortablement sur leurs lits respectifs, Farid savourait une chronique ciné de l’inimitable Serge Daney, parue dans Libération de la veille, tandis que Jeff terminait de lire Désert. A la vue de Nacer, hors de ses états, ils se relèvent d’un seul coup, prêts à la riposte.
· Les frérots, les sales frérots ! continue de râler Nacer.
· Qu’est-ce qu’ils ont encore fait ces frères musulmans de malheur ? questionne violemment Farid.
· Ils ont tué un étudiant, ils l’ont sabré.
· Où ça ? Comment est-ce que cela est arrivé ? demande avec une grande anxiété Jeff.
· A l’université de Ben Aknoun, ils ont mis fin à sa vie parce qu’il avait affiché un appel à l’assemblée générale pour le renouvellement démocratique du comité de cité, bredouille Nacer.
· Et les gens du Mouvement, qu’ont-ils fait ? interroge Farid.
· Ils ont essayé de se défendre mais en vain. Les barbus étaient plus nombreux. Ils avaient des renforts importants. Leurs complices non-étudiants étaient une légion. Ils avaient des couteaux, des sabres, des haches.
Tout de suite après, Farid et ses deux amis sont dans les rues de Sedrem. La cité-dortoir est encore calme.
Les habitants vaquent normalement à leurs occupations, cependant les Land Rover de la gendarmerie vont et s’en viennent d’une manière inhabituelle. En fin de journée, la triste nouvelle se propage dans toute la région. Les visages deviennent effarés, les regards torves sont à chaque coin de rue, les allusions à la vengeance, à peine voilées, sont sur beaucoup de lèvres. Les islamistes se font prudents et se regroupent dans les locaux qu’ils ont aménagés en mosquées. La nuit venue, les gendarmes de Sedrem découvrent dans la cour de l’Institut des industries légères un fourgon bourré d’explosifs et d’armes blanches, appartenant aux barbus. Les gendarmes ne font rien du tout. L’ordre vient d’en haut : il faut prêter main forte aux islamistes, il faut les aider afin qu’ils détruisent la revendication identitaire berbère. Le lendemain matin, Jeff et Farid sèchent leurs cours et prennent le train à destination de Tizi-Ouzou, la métropole kabyle. A leur arrivée au centre universitaire de Hasnaoua, des milliers de personnes sont déjà là. Elles attendent les moyens de transport en direction du village meurtri de Tiferdoudt. Sur ces collines oubliées, elles vont saluer pour la dernière fois, Amzal Kamel, lâchement assassiné le 2 novembre 1982, à l’âge de vingt-deux ans